À l’heure où la République démocratique du Congo cherche à consolider sa trajectoire de croissance, la fiscalité demeure l’un des leviers les plus sensibles et les plus stratégiques de l’action publique. Dans un pays aux immenses potentialités économiques, mais encore marqué par un fort secteur informel, la question fiscale dépasse le simple cadre des taux et des échéances : elle touche au contrat de confiance entre l’État et les acteurs économiques.
Avec un taux d’impôt sur les sociétés fixé à 30 %, une TVA à 16 % et un impôt sur le revenu des personnes physiques pouvant atteindre 40 %, la RDC affiche une architecture fiscale comparable à celle de plusieurs économies africaines. Pourtant, la perception sur le terrain reste contrastée. Pour nombre d’entrepreneurs, notamment les PME et les jeunes porteurs de projets, la fiscalité est souvent vécue comme une contrainte plus que comme un outil de structuration économique.
Cette perception s’explique en partie par la complexité administrative, la multiplicité des intervenants fiscaux et parafiscaux, ainsi que par l’insuffisance de pédagogie fiscale. Dans un environnement où l’accès à l’information fiable reste inégal, l’impôt peut apparaître opaque, imprévisible, voire dissuasif. Or, aucune économie ne peut durablement prospérer sans une base fiscale élargie, équitable et comprise.
Le paradoxe congolais est là : l’État a besoin de ressources pour investir, mais l’économie a besoin de souplesse pour croître. Le secteur minier, pilier des recettes d’exportation, contribue largement à l’effort fiscal, tandis que le tissu entrepreneurial local peine encore à entrer pleinement dans la formalité. Combler cet écart suppose non seulement des réformes techniques, mais surtout une vision.
Une fiscalité moderne ne se limite pas à collecter ; elle oriente, incite et sécurise. Elle doit encourager l’investissement productif, protéger les initiatives locales, et offrir un cadre clair aux investisseurs nationaux et étrangers. Cela passe par la stabilité des règles, la transparence des procédures et le renforcement du rôle des cabinets d’expertise comme intermédiaires de confiance entre l’administration et les contribuables.
En définitive, la fiscalité congolaise est à un tournant. Elle peut rester un facteur de crispation ou devenir un outil de transformation économique. Le choix dépendra de la capacité collective État, experts, entreprises et citoyens à faire de l’impôt non plus une obligation subie, mais un acte de participation au développement national.
